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Gabrielle Kourdadzé

Gabrielle Kourdadzé est née en 1995 à Paris.

 

Il vit et travaille à Paris

 

Elle est  diplômée de l’ENSAD (mention très bien) et du CEM de Piano (mention très bien et félicitations du jury).

Biographie

Libération, 2022, huile sur toile, 120 x 150 cm

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Libération, 2022, huile sur toile, 120 x 150 cm

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L’art de Gabrielle Kourdadzé se détermine, à première vue, à l’ordre d’un questionnement formel, celui de l’inscription dans l’espace d’une ou plusieurs figures – sinon fragments de figures –, contenues à l’intérieur du support sur lequel elle a choisi de la ou les représenter. La façon qu’elle a de les donner à voir, sur le fond monochrome de la toile ou du papier qu’elle utilise, excède leur effet de silhouettes découpées, de même que celui d’un arrêt sur image. Elles y apparaissent comme dans un espace-temps suspendu, en attente, saisies hors de tout contexte narratif, laissant le regardeur à sa libre imagination.

Exécutées au pinceau, tantôt à l’encre, tantôt à l’huile, selon le support retenu, les figures de Kourdadzé se détachent d’autant plus nettement du fond que celui-ci est systématiquement peint en dernier lieu, une fois qu’elle les a réalisées. L’artiste en suit alors méticuleusement le contour de sorte à les entourer en totalité dans un espace de couleur unique qui recouvre la surface laissée en réserve. Le contrepoint entre ses personnages et cette étendue chromatique contribue à mettre en exergue le vide pour en faire un partenaire à part entière – « comme un autre personnage », dit l’artiste - de l’ensemble de sa composition.

Qu’elles soient individuelles ou en groupe, ses figures - qui sont toujours à échelle 1 - occupent le champ iconique jusqu’à approcher de ses bords, comme si elle cherchait à les y inscrire au maximum, sans que cela paraisse jamais contraint. Elles s’offrent ainsi à voir dans un rapport de réalité qui les rend communes, voire familières. Quoique l’artiste en parle comme des « portraits », ses personnages n’en demeurent pas moins anonymes, extraits qu’ils sont de leur environnement. Ce faisant, par-delà le soin de leur exécution, les figures de Kourdadzé relèvent du mode de la metexis, imposant tout à la fois leur présence et leur potentialité d’expression symbolique.

Issues de photographies d’actualités ou prises au vol dans la rue, ses images opèrent somme toute comme des instantanés, d’autant que ce que retient l’artiste n’est autre que de l’ordre d’un détail. De la sorte, ses personnages fonctionnent comme les indices de situations à caractère générique, voire universel. Souvent figurés en binôme ou en groupe, chacun d’une couleur différente, ils semblent tous confinés dans une même solitude, un même silence. En même temps, l’artiste joue de superpositions qui les rassemble dans une même unité spatiale, les lie en transparence, - parfois proche d’une vision stéréoscopique - et leur confère une certaine densité. Quelque chose d’une théâtralité est en jeu dans la manière dont Kourdadzé règle leur relation, que l’on retrouve également dans les peintures de fragments de corps dont les images sont chargées d’une dimension d’énigme appuyée.

À la découverte de ses personnages, on s’interroge immanquablement sur leur identité, sur leur posture et sur leur relation ; on relève qu’ils n’échangent aucun regard et qu’ils s’abandonnent au leur dans une forme de quête intérieure. Ici et là, on s’invente le prolongement de leur figure tronquée, comme le possible d’un réel perçu, ou simplement aperçu. Si les titres de ses oeuvres ne nous fournissent que très peu d’informations quant à l’histoire des personnages qu’elle met en scène, l’importance que l’artiste accorde au jeu de leurs mains en dit long en revanche de l’idée de lien ou de l’expression d’un ressenti et leur mise en situation les renvoie à la suggestion d’un vécu.

La scénographie qu’a imaginée Gabrielle Kourdadzé dans le cadre de son exposition participe avantageusement à restituer cette dimension humaine. Artiste plasticienne, elle est tout en même temps musicienne et il lui importe de « faire dialoguer ses œuvres plastiques avec des compositions sonores. » Au terme de tout un processus de notations, de lecture et d’enregistrement de conversations relevées au fil du temps, elle a composé une bande son qui cumule mots, paroles et fragments en un brouhaha structuré et vient emplir de façon plus ou moins audible l’espace de l’exposition tout du long de son développement. C’est dire si Gabrielle Kourdadzé nous invite à faire une expérience doublement phénoménologique, visuelle et auditive, à la source d’images et de sons, pour mieux en faire valoir la force de signe et d’écho.

Philippe Piguet

Critique d'art et commissaire d'exposition

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