LE DERNIER OR DES ETOILES PERDUES

NATACHA NIKOULINE

 

Exposition du 10 mars au 23 avril 2022  

Vernissage le jeudi 10 mars 2022

Études, fleurs, viandes, 2019, tirage jet d’encre sur fine Art Hahnemühle Pearl, 60 x 40 cm / 3 éditions + 1 EA

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Drap, jambon, rose, 2019, tirage jet d’encre sur fine Art Hahnemühle Pearl, 60 x 40 cm / 3 éditions + 1 EA

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Blanc, l’aube, 2018, tirage jet d’encre sur fine Art Hahnemühle Pearl, 80 x 60 cm - 3/3 éditions + 1 EA

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Études, fleurs, viandes, 2019, tirage jet d’encre sur fine Art Hahnemühle Pearl, 60 x 40 cm / 3 éditions + 1 EA

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« Le dernier or des étoiles perdues » (Georg Trakl) est le titre de l’exposition qui rassemble dans la galerie Valérie Delaunay l’œuvre de Natacha Nikouline.

Photographe qui se soumet à la déclaration d’intention de « photographier les yeux fermés », elle ne perd pas de vue que l’acte photographique est de « traduire au plus près les rêves et les littératures intimes ». Elle a tout d’abord approché la lumière par le dessin et, par son passage à l’École des Gobelins dont elle sortira major, elle s’est assigné une technique précise de la mise en scène. Depuis son Hasselblad 500 CM qui fut son instrument de prédilection elle se dirigea vers l’usage de la chambre photographique qui demande maîtrise et précision. Le cadre de son œuvre est marqué par les peintres Lev Tchistovsky et Irene Klestova, proches de l’illustre famille moscovite Bakhrouchine, fondatrice du Musée du Théâtre dont elle est descendante.

Il faut trois coups au théâtre, deux coups pour la presse, un seul en photographie. Entrons donc, c’est un théâtre ici aussi, les scènes sont multiples et se déroulent dans le temps.

Ouverture et traces, ce sont sous ces deux signes que se joue le premier Acte de Mémoire. Acte dans lequel le temps long se marie à l’enfance si on en croit les travaux de l’historien Philippe Ariès, tout dans ces photographies le souligne. De ces enfants qui nous regardent depuis leur XIXe siècle et qui interrogent notre regard, il reste à peu près tout ; nous n’avions pas peu besoin de sciences, nous nous passions de tout. Et nos joies, et nos objets fétiches, et nos oublis, remontent à la surface sur nos traits, nous les reconnaissons si nous prenons patience de bien augmenter la lumière et les contrastes. Cette vielle histoire dont nous nous souvenons vaguement, qui est une vielle chanson cassée est en nous, nous en cherchons les paroles la bouche ouverte dans l’air, elles arrivent sur nos lèvres. Tous les journaux intimes partis au feu sont écrits dans l’Histoire, « parce que rien ne se perd jamais », tel que l’écrit Natacha Nikouline dans une de ses séries. Les histoires et l’Histoire en une, nous marchons sur nos propres traces. Et dans nos regards, dans nos souffles, dans nos actes, sont déjà écrits ceux d’après.

Deuxième Acte : celui des couleurs et des lumières. Sur beaucoup de ses photographies dont nous ne saurons trop rappeler les racines picturales, du noir minéral qui travaille en fond se lève des jaillissements sonores, le bleu d’un matin ou d’un souvenir, toujours un bleu d’eau ou d’air, le rouge d’une chair, des draps vifs ou bien nonchalants noués à des couleurs turbulentes. Parfois, l’or est de noir, et l’aplat un vertige.

La lumière et la couleur sont des personnages réversibles, ainsi le troisième Acte : Réversibilité des intentions et des gestes artistiques. La série des Mémento Mori, inspirée tout droit de l’école hollandaise sont des ressouvenances dont la transparence nous implore à vivre mieux, aujourd’hui. Et ce nouvel expressionnisme photographique nous propose une « Frise de la vie » telle que l’avait proposée Edvard Munch. Vies dans la mort, retournements de mouvements artistiques et interversion des sentiments. 

Avec ses gestes picturaux Natacha Nikouline affranchit la photographie. Le nœud se desserre, le rideau s’ouvre, entrons, c’est un théâtre, les ombres en leurs avers y font un bruit de pierre qui rit en plein soleil.

 

Cyril Anton

Écrivain, poète, critique d'art, critique littéraire