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DÉBORDANTES

Amélie Barnathan et Margaux Laurens-Neel

​Exposition du 21 mai au 6 juin 2026

« Ce qui compte c'est se libérer soi-même, découvrir ses propres dimensions, refuser les entraves. »
Virginia Woolf


Amélie Barnathan et Margaux Laurens-Neel ne manient pas le pinceau de la même manière, c’est certain. Il y a chez l’une une minutie particulièrement émouvante dans sa dévotion au geste précis et chez l’autre une vivacité de la touche, presque fauve, qui laisse la couleur parler à voix haute et sans honte.

 

Les deux artistes cependant, se rejoignent dans l’intime conviction qu’il est nécessaire de défendre un même sujet et rendre ensemble un hommage appuyé à des corps de femmes méprisés par le manque de considération relative à leurs maux propres et multiples : elles mettent à l’honneur, en formes vives et en couleurs assumées, les mémoires de femmes qualifiées d’hystériques au XIXe siècle, toutes jetées, avec les couleurs dites de la science, dans un même panier.

 

Elles ont ainsi chacune produit des œuvres propres, mais également des œuvres communes, réunissant leurs univers dans de mêmes productions : les dessins d’Amélie Barnathan venant orner les céramiques de Margaux Laurens-Neel et les cadres de cette dernière venant entourer les plus petites aquarelles de la première. De cette entraide esthétique naît un fabuleux écho à cette communion qui a pu exister entre les corps meurtris qu’elles représentent. Car dans l’exposition Débordantes, proposée par la Galerie Valérie Delaunay, les dessinatrice et peintre mettent dans leurs pigments un peu de cette force de vie qui détruit et découd peu à peu les préjugés âgés de plusieurs siècles ; elles font de cette longue confusion entre le corps des femmes et la folie, un nouveau manifeste pour la résistance de la vie elle-même.

 

On le sait, tout ce qui dépasse et déborde de la norme est souvent incompris, et donc considéré comme dangereux, voire déviant. Il s’agit en réalité ici de faire exister plastiquement l’idée d’un débordement, d’un bal ou d’une danse aussi macabre, parfois, que frénétique et vivifiante. Les deux artistes veulent aller vers un remède et une forme de réparation, en dépassant les étiquettes collées sur les fronts, les sexes et les dos de ces corps féminins maltraités. Les corps qu’elles représentent ici sont ceux qui veulent maîtriser de nouveau leur propre règne et se débarrasser, indociles, de ce vilain manteau, de ce haillon funeste qui leur collait à la peau.


Amélie Barnathan, en chercheuse, a collecté de nombreuses données visuelles et textuelles venant enrichir ses productions graphiques, teintées d’une vaste introspection. Elle s’attaque, sous le couvert d’une douceur apparente, à cette construction déplaisante et trop réductrice d’un corps fou féminin. Elle prend le temps de laisser reposer l’œuvre, de la laisser revenir vers elle, puis d’en faire un théâtre où les corps, de plus en plus soignés, acceptent de reprendre leur destin en main. « Ces pauvres créatures », selon l’écrivain Georges Darien (Le Voleur, 1897, Stock, Paris) sont chez Margaux Laurens-Neel traitées de façon plus incarnée, libérant une puissance indiscutable de géantes, qui ne vous laissent pas d’autres choix que d’être vues et confrontées, regardées dans leur chemin d’existence ; ces figures puissantes apparaissent dansantes au sein d’un bestiaire noctambule et indompté, contant leurs intériorités.

 

Les deux artistes, si visuellement différentes et intuitivement semblables, s’engagent dans de nouvelles œuvres qui désirent avant tout faire changer le récit, du mal vers le bien, du jugement vers une forme, thérapeutique et salvatrice, de liberté.

 

Laure Saffroy-Lepesqueur

Historienne de l’art, critique d’art, commissaire d’exposition indépendante & artiste-auteure.

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