Timothée Schelstraete

Timothée Schelstraete est né en 1985 à Paris.

Il est diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts de Rouen.

 

Il vit et travaille à Paris.

201019, 2020, toner, acrylique et aérosol sur toile, 180 x 130 cm

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191206, 2019, toner, acrylique, aérosol et huile sur toile, 180 x 120 cm

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190819.2, 2019, toner et acrylique sur toile, 45 x 55 cm

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201019, 2020, toner, acrylique et aérosol sur toile, 180 x 130 cm

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Timothée Schelstraete joue de récurrences, de prototypes et de copies ; il reprend, modifie, altère, des copy-paste à la fois analogiques, puisqu’il s’agit bien de peinture et de techniques d’impression sur toile, mais aussi numériques, à travers le traitement de l’image par logiciel et son tirage par imprimante domestique. Il a construit une technique à cheval entre le Xerox et la peinture, des jets d’encre capillarisés par la chimie de la térébenthine sur la toile, et quelques rehauts, glacis, parfois de légers empattements… Ce qu’il représente, plantes, immeubles modernes, chromes, plis de rideaux, vaut d’abord comme justification à peindre, à faire acte de peinture — des reflets, des motifs, des textures —, plutôt que sujet.

 

Avant la reproduction technique, puis numérique, les images d’artistes informaient le monde, elles créaient sa matrice. Rares, leur impact était grand, mêlait la crainte à la dévotion, le respect à l’émerveillement. Ce n’est plus la même, les artistes n’ont plus ce privilège exorbitant, le monopole de l’image et de l’imagination, et même si la révolution est ancienne, ses traces survivent. On ne déchoit pas d’un tel piédestal sans fracas, sans quelques cicatrices, et je pense que l’émergence du « plasticien » au XXe siècle, travaillant sur la grammaire des formes, ses règles élémentaires et fondamentales, je crois que cela relève de ce privilège perdu. Tout cela, de sorte que les plasticiens ne sont plus, ou moins, acteurs de l’imagerie du monde, qu’en réaction à celle-ci. Pas tant en rupture d’ailleurs qu’à rebours, concernant Timothée Schelstraete. Il n’y a pas de volonté de résistance, je crois, mais un chemin singulier, une recherche, s’écartant des sirènes du temps. L’image était rare, elle est devenue omniprésente avec la photographie, amniotique avec Internet et le smartphone. Des images, de surcroît, agissantes. Toujours, souvent, elles attendent de nous quelque chose, induisent des réactions — consommation, indignation, approbation…

 

Chez Timothée Schelstraete, rien de tout ça qui, il faut le reconnaître, définit l’essentiel de notre rapport à l’image. Les siennes ne s’exhibent pas ni ne crient leur message instantanément, et surtout n’attendent rien de nous. Avec leur palette terne et resserrée, leurs sujets désincarnés, on pourrait presque dire que ce sont des images pudiques, lentes, ou mélancoliques. C’est à rebours de l’esprit du temps, en rupture avec l’image agissante et amniotique… et c’est un contrepoint salvateur. Ne pas vouloir dire à travers une image, et choisir de donner à voir plutôt, sur cette expérience fondamentale et complexe qu’est la vue quand elle se cristallise sur quelque chose qui en vaut la peine. L’expérience artistique vaut comme intensification des expériences habituelles, et chez Timothée Schelstraete, je crois qu’il y a nature à revivifier notre rapport à l’image, mettre du mystère quand ça racole, de la contemplation où ça agit, une prise de hauteur là où ça asservit. Les images aujourd’hui se doublent d’un pouvoir narcotique, leur récurrence crée une torpeur. Il me semble que les artistes ont un rôle et un pouvoir exorbitant, de nouveau, à jouer en ce sens, en prônant le temps long, l’image qui résiste, en rompant le flot incessant qui stupéfie. Ce que j’ai retrouvé chez Timothée Schelstraete.

Clément Thibault